Le domaine de Castelnau

Castelnau implanté sur un terroir sis aujourd’hui entre étangs et garrigues raconte son épopée sur plus de 2000 ans et synthétise les grands moments de l’histoire vendroise et de son paysage. L’environnement, désormais mieux connu, après les carottages effectués dans l’étang, a de fait changé entre l’étang rond, dépression éolienne qui a été drainée entre le Moyen-Age et l’époque moderne, et la « ria de Vendres », un temps largement ouverte sur la mer, à l’abri d’un cordon littoral à 1km en amont du lido actuel.

Les rives de l’étang rond ont fixé les habitants au long des siècles après une première occupation au Néolithique et 2 installations gallo-romaines invisibles aujourd’hui. Sur la falaise, une ferme pratiquait déjà la viticulture d’après les dolia retrouvés en prospection, et au bord de l’étang c’est une grande villa, mal connue faute de fouilles, qui a prospéré sur ¾ siècles (Ier av-IIIe après), exploitant peut-être déjà des coquillages, d’après les quantités retrouvées de Pectens et Huîtres, non datées.

Après un grand silence, dans l’histoire à trous des campagnes, Castelnau habité depuis quand ?, apparaît au début XIIe, en 1140, comme un castellum fortifié. Ce « château neuf qui est au terroir de Vendres entre les 2 étangs », qu’Aicia a hérité de son père, conserve quelques témoins de l’architecture civile médiévale.

100 ans plus tard, Castelnau revient au premier plan dans l’actualité de la croisade et, pour avoir peut-être choisi les Cathares, la seigneurie confisquée par Simon de Montfort est donnée à l’évêque de Béziers avant de se retrouver au cœur d’autres enjeux de pouvoir.

A quel moment, en contrebas des bâtiments, entre l’étang Redon et celui de Vendres, l’aqueduc « pour sortir les eaux de l’étang Redon », enfoui sous la « trouée » spectaculaire, a-t-il été installé ?

On retrouve Castelnau au 16e s. pendant les guerres de religion quand s’imposent à nouveau tout l’intérêt du domaine et sa valeur économique qui génèrent une série d’épisodes juridico-procédurier au long des 17e/18e s. Quand les divagations du fleuve Aude remodèlent rivages et paysages de la plaine, les bonnes terres émergées attisent les convoitises et le seigneur de Castelnau est finalement évincé d’une partie « de sa possession » face au baron de Pérignan, duc de Fleury.

La puissance évocatrice du château, plusieurs fois remanié, est bien illustrée par les cartes des contentieux du 18e s.

Passé à la famille de Villeraze au cours du 18e, Castelnau est au coeur d’un long conflit avec les consuls de Vendres pour qui, n’ayant ni donjon, ni tour, ni fossé, n’est pas château mais métairie, et donc bien non noble ! un conflit qui traverse la Révolution et touche aux ressources du domaine qui offrent de bons pâturages, du bois de chauffage et d’excellentes terres pour la vigne au moment où déjà s’opère la transition vers la monoculture de la vigne. Au fil des vente et héritages Castelnau passe sans trop de dommages les crises, dont celle du phylloxéra, quand son propriétaire agronome, grâce à la greffe de cépages français sur des souches américaines, fait de Castelnau un exemple de la grande propriété viticole du sud Biterrois, avant qu’une mauvaise gestion dans le dernier 20e s. conduise à la vente au Conservatoire du Littoral, en 2017-2018, et qu’une dure bataille permette l’achat par Terre de Liens en 2021. La victoire de Castelnau, engagé dans une exploitation responsable et solidaire, s’est concrétisée par les premiers labours et premières plantations de vigne au printemps 2023.

La valeur économique et symbolique du domaine et de ses droits n’a été à aucun moment de son histoire étrangère à l’intérêt des grands pour Castelnau.

Au 18e, les « Eaux minérales de Castelnau », dites aussi « Eaux de Vendres » ont fait l’objet d’une visite et d’un mémoire des Académiciens, un best-seller imprimé et réimprimé (1728, 1736) qui rappelle quand et comment on prend les eaux à Vendres (Les Bains). Mais ressource trop peu rentable sans doute pour être exploitée.