Villa de Vivios

Implanté sur un replat de calcaire et limons jaunes, vraisemblablement occupé par la garrigue méditerranéenne sur le piémont du puech de l’œuvre, à quelques encablures de la ria de Vendres alors ouverte sur la mer, le site domine un terroir redessiné par les atterrissements de l’Aude, que dessinent les cartes anciennes.

La dynamique du site s’est imposée à l’époque romaine et l’importante dispersion des vestiges a fait rêver un temps à une ville.

Un habitat émerge vers -20 avant notre ère au sein de la colonie romaine de Béziers, fondée en -36, et reste occupé jusqu’au VIsiècle de notre ère. Le nom de Vivios, évolution logique en occitan depuis Vivian/Vibian attesté au XVs., permet de restituer le nom Vibianum pour la première ferme, créée par un Vibius, colon italien ou Gaulois romanisé.

Elle a précédé la villa, dont les vestiges, orientés Nord/Sud, n’ont été fouillés que partiellement (100x75m), laissant le plan très incomplet, même si des prospections au sol ont permis de le compléter. Des espaces importants des parties résidentielles et rustiques échappent toujours.

Les données disponibles concernent essentiellement le quartier thermal. Son dispositif, aménagé vers 80, est classique, structuré autour de la chambre de chauffe. De ses 3 pièces emblématiques, seul le frigidarium, avec sa piscine (12x7m), muni d’une banquette et de 2 escaliers d’accès, est encore visible. Il jouxtait la pièce tiède, tepidarium, qui conduisait à une probable étuve et à la salle chaude, caldarium, avec sa baignoire de marbre banc. Cet ensemble, dépendant d’un réseau hydraulique spectaculaire et complexe, encore toutefois mal connu, pose la question majeure de l’accès à l’eau, éventuellement assuré par un aqueduc, dont les vestiges ont été remembrés par le « Trône », plus au nord, ou par des syphons inversés depuis la source de Valère, mais jusqu’ici non attestés.

La qualité du bâti, dont les murs en grand appareil, et de nombreux signes attestent la recherche de confort et le luxe – pièces chauffées, marbres, verre à vitre, peintures murales, mosaïques. La nature du mobilier courant – vaisselle, très nombreuses lampes, bijoux, aiguilles à coudre–, et plusieurs indicateurs de prestige – fragments de bas-relief ou de statues (un possible Bacchus, une main de pugiliste), la diffusion sur 2 hectares au moins de ces artefacts, disent la richesse des propriétaires.

Enfin, l’ensemble exploré comportait un imposant grenier (9,30 x 20,5m), construit sur piliers, dont les 2 rangées de 5 piles structuraient 3 nefs. Visible de loin et dominant une partie des espaces agricoles, les zones de carrières et le rivage, ce bâtiment matérialise le rôle économique qu’assurait la villa, cœur d’un domaine-entreprise.

L’ampleur de modifications, opérées vers 80 de notre ère, dit l’implication de Vibianum/Vivios dans l’essor d’une économie domaniale diversifiée, au moment du boom viticole et de l’exploitation des carrières. La villa occupe une position stratégique, au cœur des deux centuries où sont insérées les zones d’extraction, d’Est en Ouest, de la Cambrasse/Les Escaliers et source Valère à Gouldeau. Implantées au plus près du rivage elles ont dû être équipées pour le transport des pierres d’embarcadères indispensables à l’entreprise.

Les informations disponibles, malgré leur caractère lacunaire, ont permis de réaliser des évocations 3D pour rendre une partie de la qualité des attraits d’une possible villa maritime en bordure de ce qui était alors la ria de Vendres.